J'arrive en courant au Commissariat de Bordeaux avec 15 minutes de retard. Je croise Christelle, avocate au barreau de Bordeaux, elle aussi est en retard.
Michèle Delaunay est déjà entrée avec une délégation d'avocats pour se rendre compte de l'état du centre et des conditions de vie des retenus. Je me présente au titre de ma suppléance de députée de la Gironde : aucun problème, je peux enfin rejoindre la délégation.
Ma première impression est l'état de saleté du centre. Je questionne les agents sur l'entretien des locaux : on m'explique que le ménage est fait tous les jours. Je reste dubitative.
Nous rencontrons plusieurs personnes qui nous racontent leur histoire. L'un est congolais. Il réside sur le territoire français depuis 13 ans et va être reconduit à la frontière très prochainement. Il me raconte sa crainte d'atterrir à Brazzaville sans un sou en poche.
On nous informe de la prochaine création d'une salle d'isolement pour les retenus récalcitrants. Je commence à m’énerver mais je me retiens.
Je m'interroge : qui peut rester 32 jours enfermé sans décompenser ? L'infirmier présent au centre nous dit qu'au bout d'une semaine, les premiers signes de l'enfermement font leur apparition et qu'il essaye de soulager au mieux la souffrance des retenus. La colère monte, mais je dois la contenir.
Le tort de ces hommes est d'être des « sans papiers » et cela devrait justifier qu’ils vivent dans des conditions aussi dures. Je m’interroge : Pays des Droits de l'Homme et du respect de la dignité humaine, qu'es-tu devenu?
24 personnes sont présentes ce matin, le centre est plein. Je me sens mal…